Sixt Return

Sixt Return

 

Prologue

 

TROIS MOIS PLUS TARD, 20h, assis sur un lit superposé , dans un dortoir pour 10, je me mets à écrire, me réfugiant du brouhaha incessant du rez de chaussée.

 

I  

Le Refuge de la Vogealle

 

TOUT L’ETE je rêvais de reprendre la rando de la vogealle. Je connaissais déjà le pas du Boret et son ascension vertigineuse. Je ne connaissais pas la suite jusqu’au refuge. C’est une belle rando, assez difficile de part sa longueur et son dénivelé. Mais le paysage en vaut vraiment la chandelle. Arrivé au chalet du Boret, de gros nuages foncés apparaissent et viennent se bloquer aux sommets environnant. Je demande donc l’avis d’une dame, le visage fatigué, les trais tirés, apparemment la gérante des lieux.
-bonjour, attaquais je en avançant vers elle.Va t-il pleuvoir, annonce t-il des orages pour ce soir?
-Oui, mais si vous ne traînez pas à monter, vous devriez arriver avant les premières gouttes ! m’assura t-elle.
Si seulement ce genre de personnes pouvait nous sortir un bulletin météo, il serait certainement bien plus fiable que le torchon de certains météorologues. Passons

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Je continue donc, rassuré par ces conseils experts . Ça grimpe toujours, l’acide lactique me chauffe les cuisses, le cardio reprend son rythme de croisière, la sueur coule et vient me brûler les yeux. Je crache mes poumons, j’évacue les toxines. Je continue à un bon rythme. Lâche rien putain
Je sors rapidement l’appareil et commence à photographier cette partie inconnue.
Une bonne heure plus tard, j’arrive soudain sur une plaine, un toit se cache derrière une grosse roche. Le refuge de la Vogealle, installé dans une cuvette, isolé du vent. C’est toujours le même sentiment que j’éprouve lorsque je découvre mon point d’arrivée, un mélange de satisfaction, de bien être, et de découverte. J’ai l’impression d’être un de ces colons découvrant une nouvelle terre.

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La brasserie du giffre, partenaire officiel de presque tout les refuges environnant, une bière servie fraîche face à un si beau paysage après une belle grimpette. Je ne sais pas si c’est le bonheur, mais en tout cas ça y ressemble fortement. Cette première gorgée houblonnée vient réveiller d’un coup mes papilles. Il se met tout à coup à pleuvoir et à gronder au loin. Comme quoi, la quinquagénaire avait raison. Les quelques courageux voulant monter au Lac renoncent. ça tonne fort, le paysage se bouche d’un rideau gris, la puissance de la nature m’épatera toujours. Le temps pour moi de finir mon verre et de gérer ma résa en attendant que l’orage passe.
Quelques minutes plus tard, assis sur un banc à parler avec le berger du coin et de ses 400 bestioles éparpillées par ci par là, le temps s’éclaircit, je me motive et quitte mon compagnon de fortune pour me diriger vers le lac de la vogealle.

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II

Le Lac de la Vogealle

UN PAYSAGE GRANDIOSE s’offre à moi, c’est un mélange de vert clair, de bleu et de gris foncé de part sa roche de schiste. La pluie m’a offert un moment de solitude extraordinaire ! J’en profite pour shooter jusqu’à ce que les lumières orangées s’éteignent. Wouhaou

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Le retour vers le refuge se fait tranquillement dans la nuit qui s’avance et de la demi lune éclatante.
J’en suis donc là, à écrire ces quelques mots, à l’abri, isolé dans un petit coin calme du refuge lorsqu’un couple à peu près de mon âge arrive. On échange un peu sur notre parcours, et me conseillent d’aller au Lac des Chambres. C’est un détour de 4 heures sur mon trajet initial. Je verrais demain.

 

III

The milky way

 

JE ME REVEILLE D’UN COUP , regarde l’heure, 4h30. Je me décide à aller voir par la fenêtre ce que donne nos étoiles cette nuit . Aucune pollution lumineuse, un ciel dégagé, sans lune, c’est parfait. Je descends sans bruit pour faire quelques photos à la fraîcheur matinale et au seul son de la fontaine de la plaine. Le refuge illumine par sa présence, comme s’il me disait qu’il est là et bien là! Qu’il est le seul présent à 10 kms à la ronde, et qu’il veille sur nous. Une étoile filante, deux étoiles filantes…

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Éclairé par ma lampe frontale, je joue avec les éléments que je souhaite mettre en valeur. La voie lactée est belle ce soir. Je suis seul, un sentiment de liberté me frappe à la gueule, c’est magique ! Une heure passée, je ramasse tout mon barda et me pose sur un banc, le dos collé au mur en pierre, contemplant ce tableau ébène éclaboussé par des milliers d’étoiles. Peu à peu le froid s’immisce au fond de moi, je retourne me blottir sous ma couette accompagné de la douce mélodie de mes voisins de chambre.

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Il est 7h, le réveil du gars à ma gauche beugle d’un coup et fait sursauter au moins la moitié de la piaule. Tout le monde sur le pont. Le grognement rauque d’un type souhaitant apparemment dormir encore un peu:
-Ça va, ça va, la montagne va pas s’enfuir en courant !
Je souris face à cette constatation. C’est pas con, mais si je veux être tranquille dans ma montagne, j’ai tout intérêt à suivre le mouvement.

 

IV

Le Pas à L’Ours

 

A LA PORTE DU REFUGE, j’ajuste mon sac à dos, après avoir pris un bon p’tit dej et salué mes compagnons. Je suis le premier à partir d’un bon pas. Direction le pas à l’ours, comme m’a conseillé le couple d’hier soir. Je grimpe sur ce feuillet rocheux et humide . Ce passage devient par la suite compliqué et assez glissant. Prudence Clément !

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A droite, une chute de pierre, je lève les yeux et aperçois un petit groupe de cabris et leur maman sur le flanc de montagne ensoleillé, regardez plutôt !

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Viens ensuite un passage encore plus scabreux semé de grosses pierres instables. Un peu casse gueule quand même… Pas possible de se mettre au trail par ici. La lueur matinale fait ressortir des tons brumeux et bleutés sur une plaine rayonnante, c’est chouette ! Un silence imposant écrase toute objection. Seul une marmotte devant moi cours se réfugier dans son trou. Je continue !

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V

Le Col Des Chambres, Le Lac Des Chambres

 

ARRIVE AU COL, j’ai le choix de faire demi tour, de prendre à droite vers le lac des chambres et le refuge de Folly, vers Samoens/Morzine ou bien tout droit vers le passage de La boîte aux lettres et la pointe de Bellegarde vers Salvadon et Sixt. je prend de nouveau un passage caillouteux à l’ombre vers le lac, deux bouquetins mâles s’affrontent sur le versant sud, le son des bois me fait tourner la tête et me laisse pantois devant ce nouveau spectacle, ce choc très caractéristique peut facilement s’entendre jusqu’à un kilomètre de distance, la résonance de la montagne aidant. La joie de la rando matinale !

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Ce chemin n’offre cependant pas énormément d’intérêts le matin , quelques névés bien glacés et glissants s’ajoutent à la difficulté du parcours jusqu’à arriver aux lacs encore à moitié gelés. De véritables iceberg se détachent en fondant et viennent créer une atmosphère glaciaire. Splendide !

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C’est passé le Lac Des Chambres que le paysage devient réellement intéressant, une vue imprenable sur Samoens, la pointe de la Golèse, et les Dents Blanches. je me pose 5 minutes et passe un appel. J’aime faire ça, appeler mes parents et leur dire où je suis. Je les imagine à déplier leur carte, tous les deux penchés dessus à tenter de retrouver mon parcours. Des petits moments simples mais tellement sacrés à mes yeux! Je mets d’ailleurs un point d’honneur à les prévenir de toute escape montagnarde, partant très souvent seul , c’est le minimum syndical. Je mange quelques figues sèches et des flocons de riz face à ça.

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Tout en dépliant ma carte, je fais demi tour et me décidera réellement de mon retour au niveau du col des chambres. Les cairns, ces petits amoncellements de pierres crées par superpositions plus ou moins stables, m’aident à choisir les passages les plus simples dans cet imbroglio de pierres. Sympa les gars ! Du coup je me baisse pour en ajuster quelques unes à mon tour.

 

VI

La Pointe de Bellegarde

 

C’EST LA BOITE AUX LETTRES qui remportera la décision du jury. La Pointe de Bellegarde me laisse encore sans voix. J’adore découvrir seulement dans les derniers efforts quel paysage je vais avoir la chance de contempler. Ce sentiment est inexplicable, juste incroyable! Les nuages courent sur le flanc de montagnes, des bouquetins gravissent des passages infranchissables en sautant sur des pierres qui finiront vingt à trente mètres plus bas, des rapaces crient en planant sur le versant de la falaise…

C’est ça la vraie vie !

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VII

Les Chalets de Salvadon

 

Le retour par Salvadon est encore plus difficile. La descente parsemée de chaînes et de cordes est vraiment dangereuse mais époustouflante .  Couché entre deux roches, une dessous et une dessus , je tente tant bien que mal de me glisser en tenant la chaîne, la seule ligne de vie. Ne glisse pas !

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La prairie fluorescente prenant vie sur cette terre désolée me rappelle de nombreuses photos d’Islande.

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Le chemin interminable entre Salvadon et Sixt n’a pas vraiment d’intérêt non plus, la descente me confirme le besoin d’investir dans des bâtons de marche. Je m’arrête cependant cueillir quelques savoureuses myrtilles et cassis sauvages. Je continue ma descente sans grande conviction, je n’ai plus d’eau, ma gorge commence à appeler au secours, je m’arrête sous une petite cascade remplir mon camelbak, il va aussi me falloir une Lifestraw !

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VIII

L’auto stop

 

2h plus tard, arrivé à l’Echarny, un petit village entre Sixt et le cirque, je prend la direction de la nationale. Plus vraiment motivé à marcher sur ce terrain plat, un peu à sec aussi, je tend mon bras à la première voiture. La deuxième s’arrêtera pour me déposer au parking de la réserve. Pour ce week end, c’est à la finale 10 heures de randos, environs 200 photos de prises, et des étoiles pleins les yeux quand je m’assoie enfin dans ma voiture.

 

 

Merci à vous d’avoir lu cet article jusqu’au bout !

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