Primavera

Primavera
Muchas Gracias auront été les presque seuls mots espagnols que j’aurai prononcé durant ma semaine en République Dominicaine.
Logé à l’hôtel avec mon collègue durant les trois premiers jours, je vis du côté touristique de l’île. Restaurant, bar, piscine, et lunettes de soleil pendant nos moments off.
On rencontra même trois françaises super sympas au bord de la piscine avec qui on partagea un chouette resto dans la ville coloniale de Saint Domingue.  La belle vie pensera t-on. Pas besoin de tout ça pourtant.
Je continue la semaine seul ici, mon collègue rentre à New York. Je suis donc accueilli chez Rafael, notre client dominicain, rien de tel pour enfin découvrir la vie locale.
Je tourne et me retourne impatiemment  dans mon lit . D’ailleurs je ne compte plus le nombre de lits différents que j’ai pu faire depuis mon départ de France. Mon confort se résume dans deux sacs, mais finalement ça suffit.
Donc, Le ventilateur me soufflant son air chaud, l’alarme d’une voiture, le brouhaha incessant de la rue et mes coups de soleil auront décidé que je ne dormirai pas cette nuit. J’allume la lumière et croise un joli cafard, petit et tout mignon, en allant à la salle de bain. Je fini enfin par tomber vers 1h30, réveil à 4h30… La journée va être longue.
La vie ici est choquante de part son contraste avec l’autre côté beaucoup plus riche. Ce n’est pas vraiment ce que j’imaginais. La pauvreté, l’insécurité, la corruption et la saleté en générale est omniprésente.  J’ai vraiment du mal à imaginer la façon de vivre des locaux tellement le fossé est énorme. Mind the gap dirons nous…
Je laisse tous mes papiers et mon téléphone à la maison et pars avec Rafael au marché, si seulement on peut appeler ça comme ça…
Les bidonvilles de San Cristobal me traversent la peau et me touchent  en plein coeur.
On m’avait prévenu de ne pas partir tout seul ici, je comprend mieux pourquoi. Même étant extrêmement discret, plusieurs commerçants mécontents de me voir avec mon appareil refusent d’être pris en photos et nous invitent à partir. Rafael m’explique qu’ils ont peur des reporters pour le gouvernement, les gens d’ici ne veulent absolument pas de changements.
Plus je m’enfonce dans ce passage, plus je retiens ma respiration. Un mélange nauséabond de bouffe pourrie et de poubelles me monte au nez.
Je traverse cette place avec abattement. Ce vieil homme fatigué le regard perdu me fait de la peine.
Je ne comprends pas comment on arrive à faire abstraction de tout ça et venir y passer des vacances tranquilles sous les palmiers à côté de toute cette misère sociale. Alors voilà, c’est peut être mon œil de photographe qui rejette tout ça mais c’est également  mon premier pays aussi pauvre visité à ce jour. J’ai du mal à monter la marche, là, j’avoue que c’est un peu haut…
Dans les lieux touristiques les filles te convoitent, viennent s’asseoir à ta table, un verre à la main, seulement pour se faire entretenir quelques jours, les hommes cherchent à te vendre n’importe quoi ou à te déposer quelque part avec leurs motocyclettes.
Il te sera autant possible d’acheter sur la route un chargeur de portable qu’un cerf volant ou encore un soda préalablement réchauffé . Mais ça, c’est seulement si tu t’arrêtes aux feux rouges. Les lois ici, c’est seulement pour les touristes ou pour la période électorale.
J’ai une pensée énorme pour ma prof d’espagnol qui aura été d’une inutilité déconcertante durant mes quatre années de collège. L’anglais me sauve. Je parle à Rafael heureusement bilingue et m’explique un peu la vie d’ici tout en conduisant.
Saint Domingue fut la première capitale espagnole du nouveau monde lors de la découverte de l’île par Christophe Colomb en 1492. Habitée par le peuple des Taïnos depuis le VII ème siècle, ceux ci dormaient dans des hamacs suspendus aux palmiers. Le climat chaud permettait a cette tribu de vivre seulement vêtue de pagnes , décorée de tatouages religieux a base de peintures corporelles afin de se protéger des mauvais esprits. Cette ethnie amérindienne fut pratiquement entièrement décimée lors de l’invasion par les colons espagnols.
I
l me fait donc un peu visiter la région un après midi. On part ensemble sur des routes défoncées en direction du sud ouest de l’île. Les mobylettes passent à droite, à gauche, tournent devant toi. Il faut conduire au feeling et au klaxon , sans aucune ligne blanche. Je suis bien content de ne pas à avoir à m’aventurer tout seul. Rares sont ceux qui possèdent le permis ici.
Les champs de canne à sucre font place aux vergers de mangues et de papayes. On continue sous la clim du 4×4 vers les dunes de Mani. Les cactus énormes côtoient le bord des routes , le soleil plombe encore littéralement en ce début d’après midi. On s’arrête à un bar se rafraîchir, une presidente black à la main , le regard sur les îlots surplombant la baie.
Je pars prendre quelques photos. Je trouve un joli morceau de noix de coco par terre sur un fond paradisiaque.
Malheureusement tu y trouveras facilement une bouteille de plastique, un seau, ou encore un pneu. Mes randos ménages ici me prendraient des années.
On continue par las minas de sal, on s’arrête un peu parler aux paludiers d’ici. Le travail est dur sous cette chaleur. C’est une des plus importantes ressources de sel du pays. Regardez un peu ces cristaux sel !
 
On s’arrêtera au bout de la baie pour profiter de la plage Punta Las Salinas. Un coucher de soleil sur un fond de paradis. Un vrai fond d’écran Windows.
Quelques photos prises et enfin l’occasion de tester mon DicApac waterproof.
On finira la soiree au restaurant Las Piratas à manger du rouget local , vue sur la baie de Las Cardelas.
J’ai également retrouvé un de mes fruits préférés, pas revu depuis mon séjour australien , la Guanabana, ou corosol en français. Il se trouve uniquement dans les pays tropicaux car il mûrit très rapidement. Vous commencez à me connaître, je m’en suis gavé pour quelques temps. L’avantage de vivre chez l’habitant est également de manger local, dont une quantité de différents fruits complètement inconnus dont j’ai oublié le nom. Mais c’était bon!
Le retour à l’aéroport se fera calmement , chacun dans ses idées et dans ce qu’il a appris ou découvert dans la semaine. Cette île ne restera pas dans mon esprit comme un coup de cœur certes, mais je suis content de l’avoir découverte de cette façon, cette triste réalité, d’ouvrir les yeux et de voir par soi même la vie locale, de se rendre compte de la chance qu’on a, et que nous sommes loin de naître tous égaux…